In Blankets, Herds and Ghosts

La présente édition de Dazibao satellite résulte d’un partenariat spécial avec le MAI (Montréal, arts interculturels). In Blankets, Herds and Ghosts est une nouvelle œuvre de l’artiste multidisciplinaire et chorégraphe Lara Kramer.

«Il s’agit d’une pratique faite de labeur, d’amour et de mobilité. Une pratique qui travaille avec nos mains douces, nos mains dures, nos mains d’ancêtres. Une pratique de partage, dans la mesure où la filiation nous place en relation avec les voix passées, présentes et futures, les territoires, les uns et les autres, les souvenirs, les traditions, les histoires, les matériaux, les sons et les esprits. Cette pratique s’inscrit dans la durée mais offre une expérience de non-temps. Elle propose un rythme et une invitation à l’incarnation, un rapport à la prière, à la guérison, à la création, à la mémoire et à la réflexion sur le passé, le présent et l’avenir. Une pratique pour approfondir la connaissance intergénérationnelle qui vient de ma mère, de mes enfants, de ma famille et de mes proches, tous en dialogue les uns avec les autres.

Le processus et le soin apporté à la façon dont nous positionnons la couverture et les clochettes ensemble sont devenus le point d’ancrage de l’œuvre. Quelles traces laissons-nous et sur lesquelles les générations à venir pourront réfléchir? Comment continuons-nous à affirmer notre existence à travers le passage des générations, en maintenant avec soin notre pouvoir d’action? Que tissons-nous comme énergies, rêves invisibles et visibles, pour poser des fondations saines pour les générations futures?

À une époque où nous sommes confrontés à une pandémie, les matériaux de la Couverture de traite et les jingles ont refait surface intuitivement. Les Couvertures de traite ont une signification multidimensionnelle, elles sont utilisées lors des cérémonies et des échanges de biens, et servent aussi à réchauffer. Elles ont également servi à la propagation de la variole dans le but d’éradiquer les communautés indigènes de l’ile de la Tortue. La Robe à clochettes a été imaginée et créée à l’époque de la grippe espagnole, une période tumultueuse, porteuse de guérison, de sens et de connaissances en matière de traitement et de soins. Les sons et les textures des jingles offrent un paysage sonore unique qui diffère du son doux des couvertures. L’exploration du son des couvertures et des clochettes permet d’étendre davantage les voix, les rêves, les visions et les histoires.

En relation avec les éléments naturels et les dons de notre mère la terre, notre créateur permet à la voix de continuer à émerger. La performance photographique ouvre vers une mobilité et une croissance accrues. Les images ne sont pas statiques. Elles parlent et sont liées à une mémoire du sang. Ce qui reste à découvrir à travers l’expérience de la transformation, en relation avec la pratique et le processus du travail, est en perpétuelle évolution. Une création vivante qui respire.»

— Lara Kramer

Emerson Nanigishki’ing est un ainé, gardien du savoir et porteur de la langue. Il est historien en matière de chants et de danses de pow-wow, et historien des Mnjikaning et des Chippewas de la communauté anishinaabe de la Première nation de Rama Mnjikaning, dont il est membre. Il a travaillé au Native Friendship Centre de Thunder Bay, Barrie et Toronto ainsi qu’à l’Union of Ontario Indian.

Emerson Nanigishki’ing est un ainé réputé de la Première nation Rama et un guérisseur de l’esprit anishinaabe. Il a été l’ainé désigné pour l’œuvre de Lara Kramer, Eating bones and Licking bread, dont la première a eu lieu en janvier 2020 à Toronto.

Stefan Petersen est un colon et un artiste multidisciplinaire, basé à Tiohtià:ke/Montréal, sur le territoire Mohawk non cédé.

S’estimant chanceux de faire partie de cette importante collaboration, Stefan Peterson a une pratique artistique centrée sur la création d’images numériques, ainsi qu’une implication de longue date, bien que sporadique, dans la performance, l’installation et le travail textile.

Actuellement, il explore les exemples contemporains de structures temporaires à la limite de l’espace public/privé et se demande si les abris mobiles peuvent fournir une occasion de reconceptualiser les normes eurocentriques de la propriété. Le travail de Petersen s’efforce de poser des questions sur le rôle des colons dans un contexte colonial tardif et sur leurs innombrables responsabilités en matière de soutien à l’inclusion et de lutte contre la privation de droits par les politiques coloniales en cours.

Il est un collaborateur régulier de Lara Kramer, notamment pour la performance/installation Phantom stills and Vibrations (2018).

© Lara Kramer, In Blankets, Herds and Ghosts (2021). Vue d’installation sur les façades du Café Cherrier et du Marché Bonsecours, Dazibao, 2021. Photo : Manoushka Larouche.

Nouvelles œuvres sur les billboards publics situés sur les façades du Café Cherrier et du Marché Bonsecours.

Deux billboards, situés au Café Cherrier et au Marché Bonsecours, présentent des images de Lara Kramer enveloppée dans une Couverture de traite conçue et fabriquée en collaboration avec sa mère et artiste, Ida Baptiste. Les images ont été créées en collaboration avec le photographe Stefan Petersen. Les billboards sont accompagnés d’un podcast réunissant des conversations entre Lara Kramer, Ida Baptiste, ainsi que l’ainé anishinaabe Emerson Nanigishki’ing. À ces entretiens, s’ajoutent un texte de prière et un texte relatant l’histoire de la Couverture de traite et de la Robe à clochettes.

Conception, design textile, scénographie, interprète
Lara Kramer
Artiste visuelle, design textile et réalisation
Ida Baptiste
Ainé et gardien du savoir anishinaabe
Emerson Nanigishki’ing
Photographe
Stefan Petersen
Crédits
Ce projet est une présentation de Dazibao, en collaboration avec le MAI.

IDA BAPTISTE

Originaire de Winnipeg, au Manitoba, Ida Baptiste est une artiste et une enseignante de langue ojibwa à la retraite qui vit à Rama, en Ontario. Elle est membre de la Première nation de Berens River (Manitoba), Traité 5, et vit actuellement dans la Première nation des Chippewas de Rama Mnjikaning en Ontario, Première nation des Traités Williams. Elle a fréquenté le Fanshawe College for Fine Arts ainsi que le programme Beal Art à London, en Ontario. En 2004, elle a obtenu un baccalauréat en études autochtones à l’Université Trent, puis a fréquenté le Kenjgewin Teg Educational Institute de la Première nation M’Chigeeng, Mniddo Mnising de l’ile Manitoulin, en Ontario.

Les premières œuvres d’art d’Ida Baptiste ont été largement exposées entre 1975 et le début des années 1990 en Ontario. Ses œuvres sont exposées dans toute l’ile de la Tortue et ont fait partie d’importantes expositions muséales. Sa pratique artistique se situe principalement dans l’art contemporain traditionnel, le perlage et la confection de regalia. Entre 2011 et 2019, Ida Baptiste a travaillé comme enseignante de la langue ojibwa à l’école primaire Mnjikaning Kendaaswin à Rama. Elle est une danseuse traditionnelle de pow-wow.

© 2024 Lara Kramer